Extraits d'une Conférence donnée à St Etienne lors d'un colloque sur le stade. [Grenoble, le 11.05.98]
 
LE STADE PARADOXAL
 

Les stades construits dans notre siècle s'inspirent de l'architecture de la Grèce antique et de Rome. Les formes ainsi que les formules d'organisation interne d'aujourd'hui ne se différencient guère de celles de jadis. Ce qui distingue le stade contemporain du stade antique réside essentiellement dans le sens et la symbolique dont on le charge.
J'ai personnellement toujours vécu et perçu le stade, en tant que lieu du sport, dans son ambivalence, ses paradoxes, voire sa dichotomie. J'ai découvert que la médaille avait un revers ...
La première contradiction -contrariété- est celle, essentielle du joueur, du sportif qui est tout à son geste, dans sa concentration introvertie et intimiste, qui se fait exhibitionniste et qui se doit de communier avec la foule.
Vient ensuite le paradoxe engendré par le mouvement sportif même qui prône la fraternité, l'ouverture et qui ne peut endiguer les débordements xénophobes, sectaires et nationalistes ...
L'illusion aussi du sport, comme lien social, et du stade comme lieu de rencontre : les grandes messes excluent davantage qu'elles ne rassemblent ; le stade est une bulle collective, (l'automobile étant la version individuelle du stade !) dans laquelle on ne se parle pas, on fixe la pelouse !
L'ambivalence, enfin, de l'architecture, voulue par les édiles et servie par les architectes, qui loin d'ouvrir le stade sur la ville, le ferme sur lui-même, le monumentalise, le rendant inaccessible aux non initiés.

Une réflexion critique sur ce sujet s'avère nécessaire, voire salutaire, pour l'architecte qui détient le pouvoir d'influer sur certains comportements.
La course au progrès, à l'exploit technique, la recherche d'une image forte susceptible de créer l'émotion, sont autant de stimulants, favorisant les excès. De plus, le geste architectural magnifié par l'échelle du bâtiment, confère au stade une autonomie qui pénètre l'inconscient collectif : le stade tourne le dos à la ville, devient "anti-ville" selon Marc Perelman.

Tous les stades ne participent pas du même principe. Certains ont réussi le décloisonnement, ont libéré le spectateur, en laissant voir un bout de ciel, un fragment de ville : je pense à Otto Frei à Munich, Gaudin à Charletty.
Rêvons un peu. En poussant la métaphore : l'architecture du stade ne devrait-elle pas être éphémère à l'instar du geste sportif qu'elle prétend imiter ? N'est-il pas curieux que la Révolution française, qui a façonné notre vie sociale et politique d'aujourd'hui, n'ait laissé aucun monument ? Pas un stade. Et pourtant le Champ de Mars réunissait dans une grande ferveur populaire, des milliers d'individus.
Dans le même esprit, le Campo de Sienne, qui accueille deux fois l'an le Palio, est -il un stade ? est-il la ville ? n'est-il pas le plus beau stade du monde ?

 
Jean Lovera
 

 

Etre architecte c'est être capable d'évaluer une situation, quelle qu'elle soit et de donner une réponse juste dans un temps donné.
La recherche de la forme constitue une des préocupations majeures de l'agence, en travaillant jusqu'à l'épuration. Il semble vrai que seule une forme simple peut être porteuse de sens et d'émotion.
 
Jean Lovera
Extraits d'une lettre de l'architecte François Deslaugiers à Jean Lovera à propos du Collège du Futur, alors tout juste réalisé dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble. [Paris, le 08.07.96]
 
Ce que j'ai trouvé de remarquable dans la conception et la réalisation de ton "Lycée du Futur", c'est l'incroyable fraîcheur de ton audace, et le bonheur de l'organisation intérieure que tu as réusi à créer dans ta bulle. Je sais par aileurs combien tu lisses et tu affirmes avec conviction et talent une écriture architecturale sans concession : volumes, surfaces et façades, percements, couvertures sont simples, forts et sans ressassage ni recette bricolée, comme dans ton projet pour l'entrée de VIZILLE.
Mais le lycée est un "must" dans la démarche : Un engin étrange et attirant atterri en toute liberté, comme dans un pré, au coeur de l'espace bousculé de l'ARLEQUIN, a tout pour fasciner, séduire et faire converger les élèves vers la vie intérieure du lycée ; à telle enseigne que je me félicite de la résistance du projet à s'accomoder d'une enceinte clôturée, l'immobilisant comme dans une prison.
A l'intérieur, on est récompensé d'avoir osé pénétrer dans l'OVNI ; Bravo pour la lumière, qu'elle parvienne du pôle central de l'atrium, tout entier recouvert d'une coupole vitrée, comme constitutive de la résille même de la structure d'ensemble de la coque, ou qu'elle surgisse ou filtre des ciels ouverts ou des larges écoutilles découpés dans la peau miroitante et unique qui carlingue le vaisseau.
Bravo aussi pour l'organisation pleine de fantaisie, de convivialité et de variété des espaces intérieurs. Il n'est pas imaginable dans ces conditions que l'équipage du vaisseau ne soit pas soudé et uni dans une dynamique de jeunesse riche d'apprentissage à partager.
 
François Deslaugiers